Nouvelles Orientales

par

Le lait de la mort

L’action se passe dans la ville de Raguse, près de la merAdriatique. Deux hommes, Philip Mild et l’ingénieur Jules Boutrin, discutent enprenant un verre. Philip tient à entendre une nouvelle histoire. Laconversation roule à présent sur le sujet des mères de deux hommes, et JulesBoutrin commence cette histoire : il était une fois trois frères quiconstruisaient une tour pour se protéger des Turcs. Ils travaillent chaque jourardemment, mais à chaque fois qu’ils sont proches de la fin, la tours’effondre. La raison est la suivante : ils doivent, selon la légende commune,enfermer quelqu’un à l’intérieur : « Ils savent qu’un édifices’effondre si l’on n’a pas pris soin d’enfermer dans son soubassement un hommeou une femme dont le squelette soutiendra jusqu’au jour du Jugement Dernier cettepesante chair de pierre. » Les frères se méfient car ils pourraient sefaire voler leur ombre pour remplacer ce squelette manquant au cœur de la tour.L’un des frères déclare alors que sacrifier l’une de leurs femmes est lasolution. Il propose de laisser le destin décider et de sacrifier celle quiviendrait leur apporter à manger le lendemain. En secret il tient à ce que cesoit sa femme qui soit tuée, car il aimerait épouser une jeune et belle Grecque.Le soir, l’un des frères envoie sa femme à la lessive le lendemain, l’autre se contentede pleurer sur le destin funeste qui l’attend peut-être, et le dernier, celuiqui veut la mort de sa femme, se trahit dans son sommeil en murmurant « Chercœur… tu seras bientôt veuf. »

 La femme comprendqu’elle risque de mourir si elle va à la tour, donc par ruse elle dit auxautres femmes qu’elle est malade, et envoie ainsi une autre femme à sa place,celle qui n’a reçu aucun ordre de son mari. La jeune femme arrive au pied de latour et son mari est désemparé. Il demande pitié à ses frères mais ceux-cil’assomment violemment. Lorsqu’ils commencent à emmurer la jeune femme qui pardignité ne pleure pas, elle se souvient soudain de son tout jeune fils qu’ellene pourra plus bercer, ni nourrir. Elle demande alors aux hommes de laisser untrou dans le mur de pierre pour sa poitrine pour qu’elle puisse tout de mêmeallaiter son enfant : « Que mes deux seins restent accessibles sousma chemise brodée, et que tous les jours on m’apporte mon enfant à l’aube, àmidi et au crépuscule. » Elle demande également une fente pour ses yeux,afin qu’elle puisse voir son fils.

Le premier jour, elle nourrit abondamment son fils à traversle mur de pierres. Les jours passent, et le souffle de vie la quitte, mais ilreste du lait dans sa poitrine et l’enfant est toujours nourri. Puis sa voixs’efface, et ses yeux perdent leur vie : ils ne sont plus que « deuxprunelles vitreuses qui ne regardaient plus le ciel. » Cependant lapoitrine, malgré la mort du reste du corps, reste intact et pendant deux ans,du lait sort encore des seins de la jeune femme jusqu’au sevrage complet dubébé. Une fois le sevrage achevé, le corps de la femme se dissout en cendresblanches, et la tour elle-même ne tarde pas à s’effondrer.

Après avoir terminé l’histoire, les deux hommes se font aborderpar une mendiante qui tient un bébé couvert de bandages, presque aveugle. JulesBoutrin retient son ami qui veut lui donner de l’argent : cette mère n’estpas digne d’être mère comme celle du conte puisque c’est elle qui appliquedes produits toxiques sur les yeux de son enfant pour le rendre aveugle etainsi s’assurer que les passants lui donnent toujours de l’argent. 

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