Nouvelles Orientales

par

De l’art

Deux des nouvelles de Nouvelles orientales ont une thématique se rattachant fortement à l’art. Il s’agit de Comment Wang-Fô fut sauvé et La Tristesse de Cornélius Berg. Wang-Fô et Cornélius Berg sont deux peintres, tous deux ayant vécu de longues années de la peinture en la faisant leur maîtresse. Mais aussi similaires que leurs existences puissent sembler, ces deux personnages ont deux conceptions bien différentes de l’art et en particulier de la peinture.

Dans Wang-Fô fut sauvé, le vieux peintre dont le talent a fait la réputation erre à travers le pays avec son disciple Ling. Il ne recherche ni les richesses, ni la gloire. Le seul plaisir de peindre de merveilleux paysages lui suffit. Wang-Fô incarne la dévotion absolue à l’art. Sa peinture est toute sa vie, et il semble qu’elle sera également la cause de sa mort. En effet, le vieux peintre et son disciple sont arrêtés par les soldats de l’Empereur et le souverain annonce au vieil homme qu’il sera mis à mort. Son crime ? Avoir, par la beauté de ses toiles, conduit le jeune Empereur à croire que son empire était plus beau qu’il ne l’est en réalité. Ce conte inspiré d’un apologue taoïste de la Chine ancienne touche à la question de l’immortalité de l’art. Plutôt que de trouver la mort, le vieux peintre disparaît pour l’éternité dans sa toile la plus parfaite. Ainsi, l’art prend une dimension éternelle et la morale du conte est que l’homme peut aspirer à l’éternité par le biais de ses œuvres.

« […] je veux que tu consacres les heures de lumière qui te restent à finir cette peinture, qui contiendra ainsi les derniers secrets accumulés au cours de ta longue vie. Nul doute que tes mains, si près de tomber, ne trembleront sur l’étoffe de soie, et l’infini pénétrera dans ton œuvre par ces hachures du malheur. »

Ce premier conte du recueil, qui traite de peinture, se trouve à l’opposé de l’autre conte ayant un rapport à la peinture, qui lui vient clore le recueil. Comme l’indique l’auteure dans son « Post-Scriptum » : « Nullement oriental, sauf pour deux brèves allusions à un voyage de l’artiste en Asie Mineure (et l’une d’elles est elle-même un ajout récent), ce récit n’appartient guère, en somme, à la collection qui précède ». Il est ici question d’un peintre qui fut l’élève de Rembrandt. Il a passé toute sa vie à peindre et à contempler les merveilles de l’univers. Mais dans ses vieux jours, ses yeux s’éveillent à de nouvelles merveilles, même dans les paysages les plus anodins, et le vieux peintre est bien attristé de savoir, qu’avec ses mains fatiguées, il ne pourra jamais capturer ces merveilles nouvelles qu’il perçoit.

« À mesure que se perdait le peu de talent qu’il avait jamais possédé, du génie semblait lui venir […]. Ce vieillard, que la misère semblait gonfler, paraissait atteint d’une hydropisie du cœur. Cornélius Berg, bâclant çà et là quelques piteux ouvrages, égalait Rembrandt par ses songes. »

Alors que Comment Wang-Fô fut sauvé est un récit qui traite du dépassement du réel et de l’immortalité de l’œuvre humaine, La Tristesse de Cornélius Berg sert à mettre l’accent sur le fait que nul homme ne peut espérer capturer toute la beauté du monde. Cette mise en relation des deux pièces laisse transparaître une sagesse sûre. L’homme ne devrait pas rechercher les moyens de faire le plus dans le domaine de son art. Mais il doit, pour siéger parmi les immortels, se dévouer à son art et faire avec tout son talent le mieux qu’il puisse faire à chaque fois. Il revient donc à chacun d’entre nous d’avoir la sagesse de connaître ses limites, comme Wang-Fô qui laissa dans sa jeunesse une peinture inachevée dont il savait que ses maigres talents n’étaient pas encore dignes. La perfection n’est donc pas du domaine des hommes, mais les efforts les plus sincères suffisent bien souvent à garantir le souvenir éternel de l’artiste.

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